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La Lettre du neurochirurgien n°15

Nos devoirs...

Edito

Car nous en avons ! Notre métier est certes difficile, pas toujours assez reconnu comme tel et guère enthousiasmant pour les plus jeunes qui préfèrent une spécialité plus lucrative (?), moins risquée, et moins nocturne !

Nous pourrions nous plaindre, ressasser nos amertumes et constituer une association de chirurgiens en voie de disparition, numérique d’abord et qualitative ensuite puisque les contours (et le centre) de notre art ont changé. Est- ce autant qu’il faille dramatiser la situation et se soumettre à la fatalité ? Tout comme le hasard elle n’existe guère. Elle est le fruit de la stagnation, de la résignation or nous avons d’autres choses à faire et à faire en commun. Nos récents accords quant à la réduction du nombre des congrès reflète le respect réciproque et la solidarité de nos composantes. Des progrès restent à faire lors de la mise en place de ces vœux pieux mais déjà l’essentiel est atteint : la fusion et la mise en commun de nos forces. Le projet de décret, toujours à l’étude sur le bureau du Ministre en fut un exemple. Attendons les commentaires et réunissons nous pour y répondre. Cette latence n’est sans doute pas anodine ! D’ici là il nous faut agir ensemble et deux préoccupations m’apparaissent prioritaires :

-notre outil de communication (le journal Neurochirurgie)

-notre obligation légale de rendre des comptes : l’EPP (évaluation des pratiques professionnelles)

Neurochirurgie est un journal international Francophone. Il n’en existe pas d’autre couvrant toutes nos activités. Membre du comité de lecture depuis de nombreuses années, je n’ai jamais entendu de propos rassurants quant à l’avenir de notre revue et ai toujours admiré la ferveur avec laquelle les rédacteurs en chef (Françoise Lapierre succède à Marc Tadié) s’en préoccupent.

Diverses réflexions méritent de vous être soumises.

Un journal ne tient la route que par ses lecteurs qui recherchent des articles intéressants à lire et pourvus d’une force de récompense ( impact factor ) quand on prend la plume. Encore faut-il la prendre ! Nos élèves en formation préfèrent à juste titre publier dans des revues plus valorisées. Nous savons cependant tous que cela ne dispense pas de faire une version (légèrement) modifiée à paraître dans notre revue, qui peut le plus….

Nous la lisons. Mais nous, c’est qui ? … les abonnés. Ils ne sont pas nombreux, pas assez. Entre les services non abonnés, les abonnés qui ne paient pas, enfin pas toujours, ceux qui prétendent la lire sur le net, il y a un flou artistique qui est le reflet d’une réduction inquiétante de vrais lecteurs qui attendent la prochaine parution avec intérêt comme nous le faisions tous(?) jadis. C’est pourtant un moyen aisé et compact de se tenir informé de l’activité de telle ou telle équipe que nous connaissons sans en savoir toujours les points d’excellence ou d’intérêt passager. C’est aussi une revue modeste et j’allais dire familiale où l’on peut sans honte faire état d’une courte expérience, d’un cas particulier problématique, d’une note technique utile mais pas assez spectaculaire pour être acceptée dans des revues plus diffusées. La presse écrite a certes des problèmes mais en a toujours eu. Une bibliothèque n’est pas une médiathèque. La saveur d’un papier, d’une étagère à portée de la main survivra toujours à un surf sur les outils médiatiques qui se transforment par imprimante en articles sans âme, isolés de leur revue d’origine. Or la presse écrite ne semble pas devoir être irrémédiablement supplantée par la presse « virtuelle ». En atteste par exemple le succès confirmé des 5 principaux quotidiens anglais qui ont enregistré 30000 nouveaux adhérents depuis les 5 dernières années.

Au-delà, il faut aider nos confrères francophones installés dans des structures plus isolées que les nôtres et qui ont de grandes difficultés à s’exprimer dans des revues anglo-saxonne (AS). Leurs travaux sont bien souvent des plus pertinents et évoquent des problèmes que nous ne fréquentons guère, constituant alors un point de référence lorsque la prise en charge d’une pathologie rare sous nos climats nous incombe, et ce n’est qu’un exemple. Nous savons tous que l’acceptation des publications dans la plupart des revues AS tient parfois plus compte de l’origine géographique de l’écrivain que de la teneur de l’article. Il est plus facile d’être né quelque part sous les projecteurs de la bienséance que n’importe où sur un continent oublié. Je pense à nos confrères Africains et d’Europe centrale par exemple, attachés à la francophonie, aux moyens financiers limités (car publier coûte parfois cher, ne serait-ce que pour la traduction). Que d’articles soumis à une revue AS nous reviennent cependant avec pour commentaire « anglais incorrect » alors que des littéraires les ont traduits en notre présence, et que le remodelage succinct d’une tournure de phrase pourrait être réalisé par un comité de lecture généreux ayant compris l’honneur que nous lui faisons en nous exprimant dans la langue de Shakespeare…. ou de Bush ! Neurochirurgie doit faire apparaître sur sa page de garde qu’elle est bien l’organe d’expression de tous les francophones, où soient ils et pas seulement de la SFNC et de la SNCLF. On nous dira que des articles rédigés en anglais dans notre revue passeraient mieux. Alors faisons-les ! Qu’importent les moyens…. Ne soyons pas psycho-rigides. Nous n’en avons plus les moyens !

Mais ne rougissons pas d’écrire dans la langue que nos ancêtres nous ont transmise. Nous faisons l’effort de parler anglais, ou pire américain. C’est un bien pour nos neurones mais une soumission hélas irréversible pour notre développement. Loin de moi l’idée de bouder les revues AS par définition internationales. Elles ont leur valeur, mais ne sentent pas notre terroir. Elles sont incontournables mais d’accès difficile. Y publier est une nécessité, et je voudrais rappeler aussi la qualité des revues européennes que nous devons défendre et donc investir.

Alors que faire ? Abonnons nous et de grâce, chers collègues, abonnez au moins votre service. Les membres du CNU, élus démocratiquement et représentants de la France neurochirurgicale tiennent largement compte de publications faites dans Neurochirurgie. Il faut continuer à le faire et inciter les candidats à s’y soumettre. Il ne faut pas omettre de citer les articles publiés dans notre journal à tous niveaux de publication. C’est la garantie d’une progression du sacro-saint impact factor fourche caudine de la publication, sous laquelle il faut passer mais l’important est de publier, de communiquer ce que nous faisons sans complexe. C’est la force de notre revue. L’appréciation des qualités d’un confrère ne peut se résumer à une grille quantitative et abstraite. Le parcours du combattant imposé à nos jeunes collaborateurs est bien lourd mais incontournable. Qu’il soit au moins productif ! Les thèses scientifiques ou prétendues telles (en sachant qu’au retour de la paillasse, où on ne les a souvent utilisés comme paillassons(!)nos jeunes ne savent plus de quel côté se tient un bistouri), méritent au moins d’être résumées. Nous ne les voyons guère dans notre revue ! Alors ne focalisons pas trop sur des chiffres. Publions, publions bien mais publions aussi Français, pardon, Francophone, nous qui sommes les derniers Francophiles ! Qu’on ne pense pas que j’ai quelque hostilité vis-à-vis de nos confrères d’outre atlantique, les états-uniens. J’y ai des amis mais le système est dangereux pour notre survie et j’aimerais seulement que nous fassions comme eux : des publications que nous lisons, tout simplement et sans complexe. Neurochirurgie nous le permet et reste le ciment de notre confrérie.

Alors abonnons nous, citons nous sans honte dans les bibliographies, valorisons les articles publiés dans notre journal et cessons de penser qu’internet, c’est l’avenir exclusif. Internet n’est qu’un moyen, une revue, c’est un cœur.

L’EPP est obligatoire depuis l’été 2005. Qui parmi nous peut actuellement en faire état dans sa pratique quotidienne ? Le CSA de la SFNC s’y attelle et Gilles Brassier en est l’interprète. Comment faire face à cette obligation encore bien vague dans la plupart des esprits ? Il ne faut d’abord pas confondre FMC (formation médicale continue) et EPP qui ajoute un caractère dynamique et évolutif à l’acquisition permanente et analytique de nouvelles connaissances. L’EPP suppose des structures habilitées pour l’évaluer. Notre Société en sera bientôt puisqu’un dossier (lourd !) de demande d’accréditation est en cours.

Comment faire en pratique ? Un exemple me semble approprié, pas trop chronophage, et positif : c’est le staff. Il peut s’effectuer de façon adéquate, en tenant à jour par un secrétaire de séance volontairement pérenne (!), le déroulement de nos présentations de dossiers. Bien souvent, les décisions sont prises de façon certes collégiale mais aussi arbitraire ( habitude, prévalence de l’avis des plus anciens, attirance pour des techniques nouvelles…). Ces staffs qui doivent être pluridisciplinaires peuvent être formalisés, nourris d’une obligation de mise au point bibliographique, les dossiers étant suivis et discutés à plus long terme avec analyse des résultats et, partant, adéquation des mesures thérapeutiques et des indications. C’est un moyen lourd, astreignant mais positif que l’on doit imposer à nos équipes et je pense qu’outre le plaisir de répondre collégialement à nos obligations légales, cela devrait aussi nous permettre en fin de compte, d’améliorer… nos pratiques. Ce n’est pas non plus un hasard. A ce titre, les staffs pluri-disciplinaires qui nous sont imposés pour la cancérologie peuvent s’y calquer.

L’EPP est certes un surcroît de travail et notre esprit Français volontiers grincheux l’accepte mal…sed lex !

Je ne vais pas m’étendre plus sur ce sujet que Gilles Brassier développera à Nice. Merci à ceux qui vont l’aider dans cette lourde tâche et je pense notamment à Jacques Lagarrigue et à Jean Jacques Moreau.

Voilà ce que je voulais vous transmettre, mettant l’accent sur deux thèmes de la plus haute importance pour notre communauté.

A chacun de vous je présente tous mes vœux pour 2007

Roger ROBERT









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